Communication
Sakura Maria Henriques Sousa
Universidade Federal de Pernambuco
Étudiant en master
Le problème de la lecture derridienne sur la question des femmes dans la pensée de Nietzsche
L’objectif de ce travail est d’étudier l’influence exercée par l’interprétation derridienne des déclarations de Friedrich Nietzsche sur les femmes dans la réception ultérieure de l’œuvre du philosophe allemand. À cette fin, nous avons l’intention d’analyser les passages du corpus nietzschéen dans lesquels l’auteur réfléchit sur le féminin et l’émancipation des femmes, en privilégiant ceux référencés par Derrida, afin de comprendre sa position sur le sujet. Ensuite, nous chercherons à examiner la lecture déconstructiviste élaborée par Jacques Derrida dans Spurs: les styles de Nietzsche et leur influence sur une partie de la réception contemporaine de la philosophie nietzschéenne. À partir de cette analyse, nous interrogerons les répercussions de cette interprétation sur la compréhension de la pensée de Nietzsche sur les femmes. L’investigation sera basée sur une lecture exégétique de la bibliographie sélectionnée, réalisée selon des méthodes structurelles et herméneutiques. Enfin, nous conclurons que la réception influencée par Derrida a contribué à une compréhension déformée de la position nietzschéenne. Pour certains interprètes influencés par l’auteur français, les critiques de Nietzsche visent à alerter les femmes sur des aspects qui pourraient compromettre la rhétorique du mouvement émancipateur. Nous soutenons cependant que le philosophe comprend ce mouvement comme une expression du rationalisme moderne critiqué par lui, du fait de revendiquer un nivellement entre hommes et femmes incompatible avec la conception hiérarchique qui imprègne sa philosophie.
MOTS-CLÉS:
Paulo Sérgio Alves de Souza filho
Universidade Federal de Pernambuco
Étudiant à la maîtrise
Lecture de Nietzsche de Derrida:
une question de style face au phallocentrisme
Cette recherche cherche à analyser comment Derrida, dans Spurs, revisite Nietzsche afin de problématiser le concept de vérité et de proposer une lecture déconstructive de la tradition philosophique occidentale. Nous partons de l’hypothèse que Derrida trouve chez Nietzsche une conception de la vérité qui ne peut être réduite à l’essence, à la présence fixe ou à la possession conceptuelle. La vérité apparaît plutôt comme un style, une métaphore, une différance et un déplacement. La figure de la femme, dans ce contexte, ne correspond pas à une figure empirique ou à une identité de genre, mais fonctionne comme un signifiant déconstructeur qui déstabilise le phallocentrisme et rompt avec les binarismes – ou – ou – qui soutiennent la métaphysique occidentale. En ce sens, la notion de « devenir femme » nous permet de réfléchir à l’imbrication entre le langage, la vérité et la différence. Pour Derrida, la vérité pensée de Nietzsche ne se présente pas comme une présence stable, mais comme un mouvement, un jeu d’interprétation, une métaphore et un style. Ainsi, le devenir-femme fonctionne comme une métaphore déconstructive, rompant avec la logique binaire qui organise la tradition philosophique: homme/femme, rationnel/empirique, vrai/faux. Derrida reprend donc la critique nietzschéenne de la recherche de la vérité comme possession et l’associe au phallogocentrisme, c’est-à-dire au privilège de la raison, de la présence et du masculin comme centres rayonnants de sens. Par conséquent, le rôle de la féminité dans ce jeu conceptuel ne doit pas être compris comme une référence directe aux femmes en tant que sujet empirique, mais comme une figure, un style et un signifiant qui nous permet de repenser la structure même de la vérité. Derrida insère le terme femme dans le champ de la différance: traînée, ajournement de sens et condition de possibilité de nouveaux sens. En déconstruisant le binarisme, Derrida aborde le geste philosophique de Nietzsche, car il déplace la vérité de sa place traditionnelle et la comprend non pas comme un fondement immuable, mais comme un jeu de forces, d’interprétations et de différences. Les femmes, en ce sens, apparaissent comme une figure de déplacement et de résistance à l’appropriation conceptuelle. Elle ne représente pas une essence féminine, mais une force déstabilisatrice des concepts phallocentriques qui structurent la métaphysique. Comme nous l’analysons, la vérité, étant considérée comme féminine, est multiple, dissimulée, séduisante et non appropriée, comme le présente Nietzsche dans sa critique de la pensée traditionnelle. Ainsi, Derrida ne cherche pas à résoudre la question de la vérité à travers une nouvelle définition fixe, mais à montrer que toute vérité est traversée par le langage, le style, l’interprétation et la différence. On en conclut que la lecture derridienne de Nietzsche souligne la nécessité de surmonter la pensée dichotomique, en établissant une façon de philosopher qui reconnaisse les marges, les silences et les restes du discours. En proposant la femme comme style et la vérité comme féminine, Derrida inaugure une réflexion qui, plus que de résoudre la question de la différence, cherche à l’affirmer comme condition constitutive de la pensée de Différance.
MOTS-CLÉS:
Jimmy Hernandez Marcelo
Universidad de Salamanca
Enseignant
Les limites de la phénoménologie et la naissance de la Déconstruction
En 1963 le jeune Jacques Derrida, comme enseignant assistant à la Sorbonne, donne des cours sur Husserl. Nous y voyons Derrida se confronter directement à des problèmes fondamentaux de la phénoménologie — Dieu et l’autre – qui ont fini par jouer un rôle décisif dans toute son oeuvre postérieure. Lus aujourd’hui, ces textes n’apparaissent pas simplement comme des documents historiques ou préparatoires, mais comme des témoignages philosophiques d’un moment de transition décisif: celui où la phénoménologie commence à découvrir, à l’intérieur de ses propres concepts, l’impossibilité d’une présence originelle et pleine, et la nécessite de penser le sens à partir de l’altérité, de la trace et la différance.
MOTS-CLÉS:
Itallo Vinicius Andrade Menezes
Universidade Federal de Pernambuco
Étudiant à la maîtrise
Les limites de la phénoménologie et la naissance de la Déconstruction
Le rapport entre Edmund Husserl et Jacques Derrida révèle une voie philosophique marquée par la tension entre la recherche de la vérité et la déconstruction de ses fondements. Husserl, lorsqu’il a fondé la phénoménologie, a proposé une méthode rigoureuse de retour « aux choses elles-mêmes », cherchant à appréhender l’essence des phénomènes dans la conscience. Derrida, à son tour, trouve dans la phénoménologie un point de départ pour interroger les limites de cette revendication de transparence et de présence absolue. Dans sa lecture de « L’Origine de la géométrie » de Husserl, Derrida souligne l’importance de l’écriture comme condition de possibilité pour la transmission du savoir, montrant que la vérité n’est pas donnée comme une présence pleine et entière, mais toujours médiatisée par des traits, des inscriptions et des différences. Ainsi, la phénoménologie, qui visait à garantir un accès direct aux essences, est réinterprétée par Derrida comme un domaine dans lequel la vérité est toujours différée, jamais pleinement présente. Le dialogue entre Husserl et Derrida n’est pas celui d’une simple rupture, mais d’une continuité critique: Derrida reconnaît la force de la phénoménologie comme un projet de fondation, tout en soulignant ses apories. La recherche de la vérité, chez Derrida, ne s’arrête pas à la déconstruction, mais s’ouvre à une réflexion sur l’impossibilité d’un fondement ultime, déplaçant la phénoménologie vers un horizon où la vérité est toujours provisoire, marquée par l’altérité et la différence. Cette relation éclaire la façon dont Derrida transforme le patrimoine phénoménologique en un exercice philosophique qui, loin de nier la vérité, la réécrit dans un mouvement incessant de questionnement et d’ouverture.
MOTS-CLÉS:
João Inês Salazar
Universidade de Coimbra
Enseignant
«Tout n’est pas politique» – la chance d’un droit et d’une institution absolument autres
De l’idiome philosophique singulier de la déconstruction, l’hospitalité inconditionnelle ne doit pas être confondue avec une Idée au sens kantien, qui confirme la propriété et le pouvoir de l’hôte. C’est plutôt le lieu (trans- ou méta-politique, méta-éthique, méta-légal, …) d’où sont dictées les urgences les plus inconditionnelles, impossibles et donc immédiates et concrètes urgences. L’hyper-radicalité de la pensée déconstructive implique un acte de résistance vigilante qui répond à l’appel d’une justice impossible. Il faut résister au « réalisme » et au « pragmatisme » derrière la thèse simpliste et totalisante de « tout est politique », au nom de ce qu’on peut appeler « l’axiome anti-néothéologique », à savoir: « tout n’est pas politique » — il y a, en effet, toujours un en-dessous et un au-delà du politique, c’est-à-dire une exception au politique comme une chance de repenser différemment toute la condition du politique, du public et de l’institué. C’est un acte de résistance au nom d’une démocratie et d’une altermondialisation à venir, qui, comme nous le dit Jacques Derrida dans « Non pas l’utopie, l’im-possible », « aucun État, aucun parti, aucun syndicat, aucune organisation citoyenne », ne sera en mesure de se réaliser.
Dans quel sens peut-on articuler l’injonction à l’hospitalité inconditionnelle et un autre sens du juridique, rompant avec la condition si insuffisante et souveraine de l’État qui totalise l’ordre juridique et soumet toute institution « internationale » à un provincialisme ultra-étatique et à une « religion civile » qui hante le droit international et le droit communautaire ? Comment oser penser une « nouvelle internationale », au nom de la solidarité mondiale à travers l’expérience de la souffrance, une nouvelle alliance entre êtres vivants capables de sacrifier, et qui soit en mesure de réinventer et de repenser, de manière insurrectionnelle, irrédentiste et insoumise, l’institution en général?
MOTS-CLÉS:
Fernando Turchetto
Universidade de Coimbra
Doctorant
Justice impossible et justice transcendantale: développements de la déconstruction dans la pensée juridique contemporaine
Le but de la communication est de présenter l’impossible justice de Derrida, ainsi que la justice transcendantale de Jack Balkin, afin de mieux faire comprendre aux auteurs la relation « justice x droit ». Premièrement, j’expose l ‘« impossibilité » et l’ « infini » comme caractéristiques de la justice derridienne, suivies de l ‘« indétermination » et de l’ « indéfini », caractéristiques de la justice balkienne. Après avoir dépeint la justice des deux, il est conclu que Balkin déforme la justice de Derrida, dans la mesure où la justice pour Balkin cesse d’être une pensée (impossible et de l’impossible), et devient un raisonnement méthodologique à la disposition du juge pour la prise de décision.
MOTS-CLÉS:
Felipe de Araujo Torres
Universidade Federal de Pernambuco
Étudiant à la maîtrise
L’étrange institution de la littérature latino-américaine: se souvenir, répéter, révéler entre déconstruction et colonisation
Cet article est un développement de la recherche en cours qui a pour objectif principal le travail de Graciliano Ramos et sa capacité à offrir un sens aux réalités sociales brésiliennes. Dans un exercice de lecture comparée du travail de Juan Rulfo, il a été possible d’observer l’utilisation de certaines ressources stylistiques communes pour affirmer des conflits éthiques similaires. D’où la possibilité de définir un peu mieux la notion insaisissable de littérature latino-américaine. Notre objectif est donc de contribuer au débat sur la définition de la littérature latino-américaine à partir de la notion derridienne de littérature comme une institution sans institution, configurée par la capacité de tout dire. Le problème à résoudre est la nécessité pour la littérature latino-américaine de répéter des aspects de la littérature européenne afin de se constituer en littérature. Ainsi, on se demande, comment la répétition de l’expression culturelle des colonisateurs peut servir à l’expression de l’unicité de la culture des colonisés? À cette fin, la revue de la littérature narrative est utilisée pour sélectionner des textes de Jacques Derrida et d’interprètes brésiliens de sa pensée, tels qu’Evando Nascimento et Silviano Santiago. De ces auteurs, il est démontré que, lorsqu’on considère le langage dans ses aspects performatifs, tous les gestes de répétition n’impliquent pas la soumission. La tension entre la répétition et la création ou la répétition et la révélation permet de voir certaines modalités de répétition créative. Après tout, la répétition littéraire est toujours plus intéressante que la répétition et l’assimilation active de la culture européenne peut conduire à sa désorganisation et non à sa reproduction. Ainsi, la relation entre la réalité latino-américaine et la littérature n’est pas médiatisée par des représentations directes, mais par des déformations. En conséquence, des critères tels que la vraisemblance ne se prêtent pas à définir le caractère unique des œuvres littéraires latino-américaines. En réponse, il est indiqué que la « diffusion » peut servir de critère à la place de la vraisemblance, dans la mesure où elle intègre la nécessité historique de définir la déformation de la littérature latino-américaine.
MOTS-CLÉS:
Danilo dos Santos Rabelo
Universidade de Brasília
Doctorant
Feux et fugues: le mal d’archive et le rhizome seigneurial
Cet ouvrage propose une lecture de Mal d’archive, de Jacques Derrida, à partir de la recherche portant sur la Cité des Mineurs Getúlio Vargas (1942–1974), lors de l’interrogation de l’archive comme technologie de production de pouvoir et de mémoire. S’éloignant de la compréhension de l’archive en tant que référentiel neutre du passé, elle repose sur l’hypothèse derridienne selon laquelle l’archive est instituée par une autorité archontique qui préserve et détruit simultanément, produisant une économie de la mémoire basée sur les traces, l’oubli et les silences. Le mal dit archivistique ne se limite pas à la perte matérielle de documents, mais se manifeste dans la course qui parcourt chaque revendication pour stabiliser l’origine et monopoliser l’héritage seigneurial brésilien. Ainsi, la catégorie du rhizome seigneurial est mobilisée pour désigner la persistance des rationalités esclavagistes coloniales qui continuent d’organiser les régimes de contrôle, de classification et d’asservissement de la population noire. Les archives produites par les institutions de contrôle des minorités participent à cette économie archivistique en inscrivant certains sujets sous la grammaire de la dangerosité, de l’abandon et de l’anormalité, tout en reléguant au silence d’autres expériences et formes quotidiennes d’existence. En geste de déconstruction de cette autorité archivistique, Derrida, Deleuze et Guattari s’approchent de la fable critique de Saidiya Hartman. Loin de combler arbitrairement les lacunes de l’archive, la fable critique suit ses traces, habite sa spectralité, sa multiplicité et met en évidence ce que le versement de documents ne peut capturer. Nous défendons que ce dialogue nous permet de comprendre la fable critique comme une pratique d’écriture éthique-politique, non pas comme un loisir inoffensif, mais comme une pratique capable de déstabiliser les régimes de vérité qui soutiennent le rhizome seigneurial et d’ouvrir les archives à l’avenir, avec la possibilité d’autres souvenirs, récits et luttes politiques.
MOTS-CLÉS:
Igor Beltrão Castro de Assis
Universidade Federal de Pernambuco
Doctorant
Toutes les photos sont silencieuses, mais elles invoquent des fantômes: des tensions derrido-deleuziennes dans une image photographique non datée
Ma proposition est de penser comment, à partir principalement du texte shibboleth de Derrida, précisément en ce qui concerne la date, « comme une marque ou une incision que le poème porte en son cœur, comme un souvenir – parfois plusieurs souvenirs en un –, la marque de son origine, d’un lieu et d’un temps. Incision ou sculpture, ce qui, en français, équivaut à dire que le poème commence là : il commence à se blesser à sa date » ; date qui ne se limite pas à une datation « externe », mais est aussi une datation « interne », qui, comme le dit Derrida lui-même, contient une force d ‘« auto-effacement », il serait possible de penser à l’image, plus précisément, à l’image photographique ainsi qu’à un événement d’écriture, une inscription, qui répondrait à une logique similaire à celle de la date dans le poème, sur la base de certains passages du livre d’Annie Ernaux L’autre fille, qui sont accompagnés de photos personnelles de l’auteur, et de récits autour de sa mémoire, qui ne manquent cependant pas de fonctionner comme une sorte d’allocation spectrale qui, comme je pense et entends le démontrer, permet d’établir un dialogue entre Jacques Derrida et Gilles Deleuze que les auteurs n’ont pas eu directement dans la vie, précisément en ce qui concerne la notion de Deleuze de l’image comme composition de forces, dans laquelle, tout en maintenant, cependant, la tension entre les deux perspectives, comme productif, il serait possible de penser à une sorte de coexistence entre les forces : une force deleuzienne impersonnelle, dans le cadre de laquelle un spectateur, pour ainsi dire, ferait l’expérience d’un devenir, et d’une force singularisante d’un adressage ; d’un envoi, dont une image photographique « lue » comme un instant de rencontre est capable ; comme shibboleth. La proposition part d’une recherche bibliographique d’une approche comparative, articulant Derrida, Deleuze et le travail d’Annie Ernaux dans le sens proposé.
MOTS-CLÉS:
Vitoria Jeniffer Gomes da Silva
Universidade Federal de Pernambuco
Doctorante
Une communauté de différence auto-réfléchie est-elle possible? Limites et possibilités d’Emmanuel Lévinas et Miroslav Milovic
Emmanuel Levinas (1906) part de la critique de l’héritage de la raison impersonnelle propagée par la philosophie traditionnelle et la modernité. Pour lui, la raison n’est pas capable de répondre à toutes les exigences impliquées dans des relations humaines. D’où la nécessité d’une éthique qui part d’un autre lieu, afin de prévenir le moment d’inhumanité, de violence. Ainsi, elle établit l’éthique comme la prima philosophia dans laquelle imprègne la fonction d’un simple aspect d’amélioration des relations humaines pour être tissée comme un moyen primordial par lequel la relation entre soi, les autres et le monde devient possible. Il est nécessaire que la relation soit marquée par la primauté de l’ouverture à l’autre avant la fermeture égoïque en soi-même. En d’autres termes, avant toute fermeture, il y aurait, pour Levinas, ouverture, dite par lui comme hospitalité et accueil, ou sensibilité à la rationalité. C’est la relation avec l’autre, avec l’altérité qui permet la relation éthique ainsi que la politique. Face à cela, nous nous demandons, est-ce que l’éthique est nécessaire pour penser le collectif, et aussi pour penser l’individu ? Dans le texte de Miroslav Milovic (1955) Communauté et différence (2004), le philosophe s’interroge sur la possibilité de radicalisation d’une pensée de différance dans laquelle il est possible de comprendre, d’une certaine manière, la différence, car en philosophie ce que nous trouvons est la présence du sujet général et non de l’individu. Ainsi, nous ferons une intersection entre les deux penseurs à partir du texte « Chez Levinas » de Milovic ainsi que des œuvres de Levinas afin de réfléchir aux éventuelles implications éthiques et politiques ultérieures sur la possibilité d’une structure compréhensible ou pré-compréhensible de la différance en travaillant avec les similitudes et les distances entre les deux penseurs.
MOTS-CLÉS:
Mayara Dionizio
Université du Québec à Montréal e Universidade Federal do Paraná
Pesquisadora
Entre deux Algéries: khôra, inscription coloniale et politique de l’écriture chez Derrida et Isabelle Eberhardt
Cette communication reprend le concept de khôra, du Timée de Platon à la lecture qu’en propose Jacques Derrida, afin d’en éprouver la portée politique à partir de l’œuvre et de la trajectoire errante de l’écrivaine suisse Isabelle Eberhardt. Il ne s’agit ni de faire de la khôra une métaphore du désert algérien, ni d’identifier Eberhardt à un « sujet khôrique », mais de demander ce que son instabilité conceptuelle permet de penser de l’espace littéraire, de l’inscription coloniale et de la constitution genrée de la subjectivité. Chez Derrida, la khôra ne se stabilise ni comme être, ni comme sujet, ni comme matière, ni même comme métaphore : elle nomme un espacement qui rend possible l’inscription tout en résistant aux prédicats par lesquels le discours philosophique cherche à se l’approprier. Cette résistance lui confère une portée politique, puisqu’elle nomme ce qui, dans un espace, ne se laisse approprier ni par la souveraineté qui le revendique, ni par le savoir qui le cartographie. L’écriture d’Eberhardt demeure prise dans le champ de représentation colonial qui rend le territoire lisible, observable et cartographiable ; ses figures d’errance, de vagabondage et d’appartenance précaire compliquent pourtant l’opposition entre le sujet européen qui observe et le territoire constitué comme son objet. Le même déplacement vaut pour le genre : le nom de Si Mahmoud, le vêtement masculin et la conversion à l’islam apparaissent moins comme les indices d’une identité à déterminer que comme des inscriptions produisant de la lisibilité sans épuiser le sujet. Reste à affronter la sexualisation de la khôra elle-même, que Platon associe à la maternité et à la réceptivité et dont Derrida hérite en la déstabilisant. L’enjeu n’est pas de résoudre les ambiguïtés constitutives d’Eberhardt, mais d’interroger l’exigence même de leur résolution.
Palavras-chave:
Felipe Gustavo dos Santos Cabral
Universidade Federal do Maranhão
Premier cycle
POUR UNE DÉCONSTRUCTION DE L’ANTHROPOLOGIE PHILOSOPHIQUE TRADITIONNELLE : LE STATUT ÉTHIQUE DE L’HOMME CHEZ JACQUES DERRIDA
Le présent travail vise à étudier la critique de Jacques Derrida de l’anthropologie philosophique traditionnelle et à discuter de dans quelle mesure sa philosophie permet une réflexion sur l’humain. Notre arrière-plan est que si Derrida déconstruit les fondements métaphysiques qui soutiennent les conceptions classiques de l’homme, le philosophe franco-algérien ne détruit pas entièrement la question de l’humain, mais la réinscrit sous un horizon éthique-relationnel. Ainsi, l’homme ne peut plus être compris comme un sujet souverain, mais comme un effet des structures linguistiques et historiques qui le précèdent. Par conséquent, il y a une exposition à l’altérité constitutive de l’humain. En ce sens, l’enquête s’appuie principalement sur les écrits: Adieu Emmanuel Levinas (1997) ; de la conférence Les fins de l’homme (1968), de L’animal que donc je suis (1997) ; entre autres. Cherchant à expliciter que la déconstruction derridienne de l’anthropologie philosophique est, en dernière analyse, un déplacement de la question quant à l’humain pour le penser non plus à partir d’un fondement métaphysique, mais de sa dimension inextricable à l’autre.
MOTS-CLÉS:
Ramon Nere de Lima
Institut Fédéral du Acre (Ifac) / Pontifice Université du Rio Grande do Sul (PUCRS)
Doctorat/ doctorant
LIRE LES TRACES, ÉCRIRE LES ABSENCES: JACQUES DERRIDA ET L’ÉCRITE DE L’HISTOIRE DES AMAZONES
Cette communication propose une réflexion sur les possibilites et les limites d’une écriture de l’histoire face à des sujets dont la présence a été fragmentée, intermédiée ou effacée par les archives. En partant des recherches sur les présences-absences des peuples amérindiens dans le processus de définition des limites du Brésil et du Pérou, entre 1841 et 1909, pour interroger comment l’historiographie peut écrire au sujet de ceux qui ont été exclus des régimes diplomatiques, juridiques et cartographiques d’énonciation.
En dialogue avec Jacques Derrida, nous mobilisons les notions d’écriture, de trace, de différance, d’archive et de spéctralité, en comprenant le document non pas comme entrepôt neutre du passé, mais comme un espace d’inscription, de sélection et de production d’absences. Le corpus est constitué de traités, de cartes, de rapports de comissions de démarcation et de documents diplomatiques en rapport à la frontière amazonienne. Méthodologiquement, nous réalisons une lecture déconstructive de ces sources, attentive aux silences, aux rasures, aux répétitions, aux toponymes, aux contradictions et déplacements sémantiques. Nous défendons que les peuples amérindiens ne sont pas simplement absents de ces registres: ils persistent en eux comme des traces qui rendent instable le récit étatique d’une frontière produite exclusivement par la diplomatie et par la souveraineté nationale. Ces présences spectrales révèlent une opération courante: les peuples amérindiens sont mobilisés comme guides, travailleurs, informateurs et références territoriales, alors qu’ils restent exclus em tant que sujets politiques. De ce fait, écrire les absences ne signifie pas remplir intégralement les lacunes de l’archive ni prétendre rétablir une voix autochtone, mais mettre en évidence les procédés qui ont rendu certaines expériences intelligibles et d’autres silenciées. Nous proposons, pour finir, une écriture spectrale de l’histoire, capable de reconnaître que le passé ne s’offre pas comme une présence pleine et que la responsabilité historiographique commence par l’écoute des traces qui perturbent les récits établis.
MOTS-CLÉS:
Anthony Gabriel da Silva Frota; Manoel Coracy Saboia Dias
Universidade Federal do Acre
Étudiant à la maîtrise ; enseignant
POUR UNE ONTOLOGIE DE LA DIFFÉRANCE : JACQUES DERRIDA ET LA CRITIQUE DU LOGOCENTRISME
Cet article analyse des éléments de la critique de Derrida du logocentrisme occidental, une tradition qui prévaut dans une grande partie de la philosophie européenne, à travers la rigidité épistémologique et l’emprisonnement de la différence selon l’idéal d’un Être absolu. Les bibliographies qui [dés] orientent notre regard sont les textes : Grammatologie (chapitres I et II), Marges de la Philosophie et Pharmacie de Platon (Le Mythe de Theuth). Comme le penseur de la déconstruction, nous comprenons l’hétérogénéité – et non l’identité figée – comme un moyen d’une éthique de l’accueil.
MOTS-CLÉS:
Kaio Eudes da Silva Freitas
Universidade Católica de Pernambuco
Premier cycle
De la généalogie à la différance: éthique et philosophie de la différance chez Nietzsche et Derrida
Dans cette communication, nous visons à démontrer comment la critique nietzschéenne de la métaphysique occidentale déplace le fondement de la morale d’un plan transcendant au champ historique des relations de pouvoir. Dans De la vérité et du mensonge dans le Sens Extra-moral et dans la Généalogie de la morale, les valeurs morales se révèlent non pas comme des données universelles, mais comme des sédiments de processus de domination et de hiérarchisation inscrits dans le langage lui-même : nommer, classer et fixer des significations sont des gestes qui convertissent les relations de pouvoir en vérités apparemment stables. L’éthique, ainsi comprise, ne repose pas sur des principes a priori, mais constitue un champ agonistique dans lequel la différence — et non l’identité — configure le trait fondamental de l’expérience morale.
Ce diagnostic trouve une résonance dans la déconstruction derridienne, notamment dans la notion de différance et dans la critique de la métaphysique de la présence, qui radicalisent la suspicion nietzschéenne en exposant le caractère pluriel, différé et irréductible de la signification. La responsabilité éthique, de ce point de vue, ne découle pas de la subsomption de l’autre à des catégories universelles, mais de l’attention à sa singularité irréductible, opposée à toute totalisation conceptuelle. La généalogie et la déconstruction convergent ainsi dans le refus des fondements ultimes du discours moral, faisant passer l’éthique de la normativité identitaire à l’affirmation de l’altérité et de la différence.
MOTS-CLÉS:
NINA XAVIER COSTA
INSTITUTO BRASILEIRO DE ENSINO, DESENVOLVIMENTO E PESQUISA (IDP)
Étudiante en licence
La politique étrangère brésilienne dans l’élaboration de la réglementation internationale de l’intelligence artificielle : une approche critique à partir de Jacques Derrida
Cette recherche a pour objectif principal de cartographier les initiatives internationales de réglementation de l’intelligence artificielle (IA) et d’identifier la position de l’État brésilien face à ces initiatives. À cette fin, en combinant recherche exploratoire et analyse comparative, l’étude cherche à répondre à la question suivante : comment l’État brésilien se positionne-t-il, sur les plans diplomatique et normatif, face aux principales initiatives internationales de réglementation de l’IA ? La problématique sera analysée à la lumière des apports de Jacques Derrida sur les thèmes de la « responsabilité » et de la « décision ». L’hypothèse centrale de la recherche suggère que le Brésil subit une forte influence de modèles étrangers — notamment européen — tout en étant confronté, sur le plan interne, à des limites liées à sa capacité de réglementation et à son développement technologique. Il en résulte un contexte caractérisé par l’indécidabilité et l’absence de règles claires concernant l’IA, alors même que s’intensifie la nécessité pour les États, y compris le Brésil, d’assumer leurs responsabilités. Sur le plan de la justification, cette étude contribue à renforcer la production académique brésilienne sur la gouvernance internationale de l’IA et vise à comprendre, dans une perspective critique, le positionnement du Brésil face aux enjeux technologiques et réglementaires mondiaux.
MOTS-CLÉS:
Livya Beatriz Rendall Ferreira
Universidade Católica de Pernambuco
Étudiante de premier cycle
L’AVIS CONSULTATIF DE LA COUR INTERAMÉRICAINE EN TANT QU’INSTRUMENT DE PROTECTION ET D’HERMENEUTIQUE DES DROITS DE L’HOMME
Cette étude analyse le rôle des Avis consultatifs de la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) dans l’interprétation de la Convention américaine des droits de l’homme et dans le renforcement de la protection internationale des droits de l’homme, en établissant un dialogue théorique-philosophique avec la pensée de Jacques Derrida. Elle part du principe que la performance de la Cour transcende sa compétence en matière de litige, exerçant une fonction consultative pertinente en guidant les États dans l’harmonisation de leurs systèmes juridiques avec les paramètres conventionnels de protection des droits de l’homme. L’objectif de la recherche est de comprendre l’institut de l’Avis Consultatif d’un point de vue herméneutique et déconstructif, en problématisant le formalisme juridique et la prétention à fermer la Loi à la lumière de la philosophie de Jacques Derrida. Dans cette perspective, le rôle consultatif de la Cour de la CIDH révèle une compréhension du Droit ouvert à l’altérité, dans la mesure où la Justice, conçue comme une expérience de l’incalculable, exige une responsabilité permanente devant l’Autre. À cette fin, une méthodologie qualitative et exploratoire a été adoptée, basée sur l’analyse textuelle discursive (DTA), appliquée à l’examen des avis consultatifs et des documents normatifs du système interaméricain des droits de l’homme. Les résultats montrent que les avis consultatifs ont une densité normative élevée et une efficacité d’orientation significative, agissant comme des mécanismes préventifs capables de favoriser l’adéquation des systèmes juridiques internes aux engagements internationaux et d’élargir les espaces d’interprétation des droits de l’homme. Il a également été constaté que la fonction consultative favorise une ouverture herméneutique permanente, contribuant à la consolidation institutionnelle de la Cour de la CIDH, au renforcement du contrôle de la conventionnalité et à la construction d’un dialogue interjuridictionnel attaché à l’efficacité des droits de l’homme. Il est conclu que les avis consultatifs fonctionnent comme des mécanismes de renouvellement herméneutique permanent. En empêchant le plâtrage dogmatique de la Loi, ces avis s’inscrivent dans la conception derridienne de la Justice en maintenant l’ordre juridique dynamique et en répondant aux nouvelles exigences de la protection humaine.
MOTS-CLÉS:
Natália da Silva Firmo Nunes
Institut brésilien d’enseignement, de développement et de recherche (IDP)
Étudiante en licence
L’esthétique de l’autorité au sein du pouvoir judiciaire brésilien: une étude de cas sur le STF
La présente recherche a pour objectif central d’analyser la manière dont les éléments esthétiques des pratiques institutionnelles de la Cour suprême fédérale (STF) contribuent à façonner la perception publique de son autorité et de sa légitimité. À cette fin, au moyen d’une recherche exploratoire combinant analyses audiovisuelle et documentaire, l’étude cherche à répondre à la question suivante : quels éléments esthétiques des pratiques institutionnelles de la Cour suprême fédérale participent à la construction de la perception publique de l’autorité et de la légitimité de la Cour ? L’analyse se concentre sur le premier semestre 2026 et sur les jugements emblématiques rendus par la Cour au cours de cette période. L’hypothèse principale de la recherche suggère que l’autorité judiciaire du STF ne découle pas uniquement de la force normative de ses décisions, mais aussi d’éléments symboliques et esthétiques — tels que les tenues vestimentaires, les rituels, le langage technique, l’organisation spatiale de l’audience plénière et la retransmission publique des débats — qui influencent la reconnaissance et la crédibilité institutionnelles auprès de la société. Sur le plan de la justification, cette étude contribue à approfondir les recherches portant sur la légitimité institutionnelle, le symbolisme juridique et la communication du pouvoir judiciaire. Elle propose une réflexion interdisciplinaire sur les dimensions esthétiques qui imprègnent l’exercice de la juridiction constitutionnelle dans le Brésil contemporain, notamment à travers un dialogue avec des références théoriques telles que Pierre Bourdieu et Jacques Derrida.
MOTS-CLÉS:
Lucas Araújo
Universidade Católica de Pernambuco
Étudiant en licence
Force de loi et fondement mystique de l’autorité : une lecture déconstructive de l’article 142 de la Constitution de 1988 et de l’état d’exception
Cette communication propose une lecture déconstructive de l’article 142 de la Constitution de 1988 — disposition confiant aux Forces armées la mission de « garantie de la loi et de l’ordre » (GLO) — à la lumière de l’ouvrage Force de loi : le fondement mystique de l’autorité de Jacques Derrida. Le point de départ est un problème empirique : bien que l’interprétation dominante confère aux Forces armées un caractère exceptionnel dans leurs interventions intérieures, le recours à la GLO est devenu ordinaire et fréquent ; ainsi, l’exception se substitue à la règle sans pour autant la nier, mais en la confirmant. Il est soutenu que cette dynamique ne relève pas du hasard, mais découle de la structure même du droit. En s’appuyant sur Derrida, on démontre que l’autorité de la norme ne repose pas sur un fondement antérieur à l’acte qui l’institue, mais sur une violence instauratrice se dissimulant sous les traits de la légitimité — ce « fondement mystique » que la force de loi (to enforce the law) à la fois fonde et conserve. L’indétermination sémantique de l’article 142 ne constitue pas une lacune à corriger par une meilleure herméneutique, mais une condition textuelle dans l’élaboration d’une pratique : en l’absence de sens originel (« il n’y a pas de hors-texte »), la disposition forme un champ de forces où les significations sont disputées à travers des déplacements interprétatifs (la différance). À partir de là, la déconstruction est articulée avec la généalogie foucaldienne et la notion de « documentalité » ; les procès-verbaux de la Sous-commission de défense de l’État, de la société et de la sécurité, issus de l’Assemblée nationale constituante de 1987, ne sont pas lus comme l’enregistrement d’un sens révolu, mais comme l’écriture des forces politiques ayant engendré ce dispositif. On perçoit ainsi que l’ouverture vers l’état d’exception est inscrite dans la textualité constitutionnelle elle-même, faisant de la déconstruction un instrument critique pour penser le droit, la violence et la démocratie dans le Brésil contemporain.
Mots-clés :
Paulo Irineu Barreto Fernandes
Institut fédéral du Triângulo Mineiro (IFTM) – Campus d’Uberlândia et Université fédérale d’Uberlândia (UFU)
Professeur
Géophilosopher et le devenir-Brésil : une étude de cas
Cette communication présente une étude de cas fondée sur l’application du concept de « géophilosopher » — entendu comme une réflexion constante sur la Terre et ses mouvements, dans le but de la comprendre, de la rendre intelligible et communicable, à travers ses agencements, déplacements, déterritorialisations et reterritorialisations, tant sur le plan concret que symbolique. Le « géophilosopher » — concept présenté dans notre thèse de doctorat (2023) et ancré dans la notion de « géophilosophie » introduite par Deleuze et Guattari — consiste à penser dans le but de dénoncer les prolongements du colonialisme et de la mondialisation. Concernant l’étude de cas, la communication s’appuie sur un épisode survenu en avril 2016, alors que la Chambre des députés votait la procédure devant mener à la destitution de l’ancienne présidente Dilma Rousseff. Un député y a exprimé son vote favorable à l’ouverture de la procédure de destitution en justifiant sa position par les mots suivants : « Pour la famille et pour l’innocence des enfants en classe — ce que le PT n’a jamais respecté. Contre le communisme, pour notre liberté, contre le Forum de São Paulo, pour la mémoire du colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra — la terreur de Dilma Rousseff. Pour l’armée de Caxias, pour nos forces armées, pour un Brésil au-dessus de tout et pour Dieu au-dessus de tous : mon vote est oui. » Après avoir tenu ces propos antidémocratiques au Congrès national, ce député est non seulement resté impuni, mais a également réussi à se faire élire président de la République lors du scrutin suivant. Enfin, en s’appuyant également sur les concepts de « philosophie de la différence » (Miroslav Milovic) et de « décolonisation » (Carolina Maria de Jesus), l’étude présentée ici cherche à élucider ces événements, afin de contribuer à prévenir la répétition de tels épisodes qui portent atteinte à la démocratie.
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